Rencontres

2014


WAAAR

  • Dr Carlet pour les membres du WAAAR

    L'augmentation du nombre de bactéries résistantes aux antibiotiques est l'un des problème de santé publique les plus graves de notre temps... des femmes et des hommes se mobilisent.

1ÈRE RENCONTRE THERMO SCIENTIFIC

2013


LA COPEPTINE AU CHU DE CALAIS

PAROLES D’EXPERT

  • Pr Charles

    La procalcitonine - antibiothérapie & prise de décision.

  • Dr Bonneil

    La procalcitonine - antibiothérapie & prise de décision.

2012


ATELIER JRUR

  • Pr Charles

    La procalcitonine : une aide au bon usage des antibiotiques.

SRLF

PCT, Un atout pour la prise de décision

Questions à Pierre-Emmanuel Charles, réanimateur médical au CHU de Dijon

En ces temps où les acteurs de la santé appellent une meilleure utilisation des antibiotiques, la PCT a fait ses preuves dans la rationalisation des antibiothérapies, permettant de mieux cibler, de mieux prescrire, et donc de mieux lutter contre l'émergence de germes résistants. Outre I'amélioration des conditions de prise en charge médicale, l'impact économique et écologique justifie amplement le recours à la PCT et bénéficie à la fois au clinicien, au patient et à I'hôpital. Le CHU de Dijon l'ulilise depuis 2006, notamment en réanimation.

Dans quel cadre et dans quel but recourez-vous au dosage de la procalcitonine ?

Nous dosons la PCT chez tous les patients admis en réanimation, pour les sepsis et infections sévères. Le dosage s'effectue à l'admission, mais aussi quotidiennement jusqu'à l'arrêt des antibiotiques. Il peut aussi être utilisé chez des patients hospitalisés durablement en réanimation si nous suspectons cliniquement une infection nosocomiale. Les autres moyens de diagnostic sont moins fiables, surtout pour les nombreux cas ou le problème infectieux n'est pas évident après l'examen du patient.

Le premier usage est donc diagnostique. Le second usage correspond au suivi précoce dans les premiers jours: si le taux de PCT stagne ou progresse, cela nous permet de prédire une mauvaise réponse à telle ou telle thérapeutique. Cette utilisation peut permettre d'aboutir à la modification de l'antibiothérapie ou à la recherche d'un loyer d'infection plus profond en vue d'un acte chirurgical. Enfin, nous pouvons envisager l'arrêt du traitement si la diminution par rapport au taux initial de PCT atteint B0 7o. Nous utilisons le dosage depuis 2006, avec désormais un certain recul. Nous avons un automate Kryptor@ qui fonctionne bien avec le réactif (BRAHMS), et atteignons avec cette solution un bon niveau de fiabilité.

Quels sont les bénéfices apportés par le dosage de la PCT ? Peut-on les mesurer ?

Le bénéfice est difficile à mesurer avec précision, mais nous pouvons affirmer que nous avons réduit l'exposition des patients aux antibiotiques, soit en évitant l'exposition inutile, soit en exposant les patients moins longtemps. Bien que cela ne soit pas uniquement attribuable à la PCT nous avons réduit nos consommations d'antibiotiques d'environ l0 % sur les 5 dernières années.

Psychologiquement, le dosage rassure le praticien et l'aide dans sa prise de décision : il aura moins d'hésitation à éviter les antibiotiques à un malade présentant une PCT négative.

La méthode doit également générer un gain de temps...

Effectivement, notamment dans la mesure où il permet d'éviter un surcroît d'examens biologiques ou microbiologiques. En réanimation, où le dialogue avec les proches des patients est important, ce test facilite la communication avec les familles. Auprès desquelles l'explication de nos décisions est facilitée. Mais attention : cette méthode ne se substitue pas aux démarches habituelles, et nécessite un sens de l'interprétation particulier.

Dans quelle mesure ?

Il faut savoir que d'autres facteurs interviennent et doivent être intégrés à l'analyse : il y a des cas de faux négatifs ou de faux positifs. La connaissance des facteurs extérieurs faisant croître ou régresser la PCI et donc des limites du test, est nécessaire, Certaines situations particulières nous laissent encore dans l'incertitude quant à l'antibiothérapie à pratiquer. Voilà pourquoi nous menons des éludes cliniques, alors que peu de services de réanimation utilisent quotidiennement cette technique. Nous menons notamment une étude avec la réanimation médicale de Nancy qui, contrairement à la majorité des services de son CHU, ne recourt pas au dosage.

Comment améliorer encore la technique et sa mise en œuvre ?

La technique de dosage est aujourd'hui au point. Il sera sans doute possible à l'avenir de développer les marqueurs, voire d'envisager des combinaisons de marqueurs, ou encore de réduire les délais de rendu. Mais les résultats sont déjà très satisfaisants. Le principal axe de progrès réside dans la connaissance des usages et des limites du dosage. Par exemple, après un arrêt cardiaque, une réaction inflammatoire peut générer de la PCT, et les antibiotiques ne seront pas forcément nécessaires : dans ce cas l'infection sera difficile à déceler.

Pourquoi certains professionnels de l'Hexagone hésitent-ils à utiliser quotidiennement la PCT ?

Il existe encore un certain scepticisme chez les professionnels, malgré une littérature assez fournie sur le sujet, mars récente, qui confirme la diminution de l'exposition aux antibiotiques. La généralisation de cette pratique est donc sans doute une question de temps. Manquent simplement plus de recommandations internationales sur la PCI qui devraient arriver. Néanmoins, le dosage ne remplace pas tous les examens classiques du patient : c'est un complément et une aide au raisonnement clinique. Pour les maladies graves en réanimation, cette aide est à ce jour cruciale, car elle légitime ou dissuade l'antibiothérapie

Pr Charles

Pr Charles

Pierre Emmanuel CHARLES est professeur de réanimation à la Faculté de médecine de Dijon. Il a participé activement à la recommandation formalisée d’experts sur les biomarqueurs et est l’auteur de nombreuses publications internationales relatives à l’utilisation de la PCT comme biomarqueur des états infectieux graves en réanimation.